Yue de bronze: la hache tenue dans le rite
À la fin des années 1920, Jörg Trübner achetait des bronzes en Chine. Une de ces haches finit chez Adolphe Stoclet, à Bruxelles. Le tranchant est épais et émoussé. Il ne coupe pas le bois. La Freer Gallery of Art la conserve aujourd'hui sous le numéro F1996.8. Pourquoi dépenser le cuivre et l'étain pour une lame qui n'abat pas un arbre? Un yue (钺) est cette hache-là: une tête de bronze évasée, tenue comme insigne militaire de rite, signe de qui peut commander.
Une lame évasée, un tranchant émoussé et le mot yue
Le Metropolitan Museum of Art inscrit sur l'objet 1976.49 商青銅鉞, un yue de bronze Shang. Le Freer appelle F1996.8 une lame de hache (yue). Les deux sont des haches, pas des haches-poignards. L'histoire Shang de Britannica traite déjà les haches de bronze et les haches-poignards comme deux types de métal dans le même horizon ancien.
Une hache à bois a besoin d'un tranchant vif. Le yue du Freer n'en a pas. Le musée dit que le bord épaissi, émoussé, et le décor montrent que ce n'était pas une arme de combat. C'était un insigne militaire de cérémonie. Le bord s'arrondit vers le haut et les pointes se ferment en boucles serrées.
Le modèle Wildform suit le yue de bronze du Shang tardif comme type, pas la pièce ajourée de cour du Freer. Il a une tête large en éventail, un tranchant en croissant, une soie ou une douille rectangulaire percée d'un trou ovale vertical, et des encoches en crochet aux épaules. Sur la lame siège un grand masque taotie, avec des yeux hémisphériques en relief et une crête de nez au centre. Le tranchant est épais. La patine se lit brune et verte, tachetée. C'est un yue, pas une hache-poignard.
Des haches de bronze d'Erlitou à une lame de cour Zhou
Britannica date la dynastie Shang d'environ 1600 à 1046 av. J.-C. Certains savants impriment encore une autre fourchette, du milieu du XVIIIe à la fin du XIIe siècle. La même page place haches de bronze et haches-poignards, avec de simples bronzes rituels, dans Erlitou III, vers 1700 à 1600 av. J.-C. selon cette lecture, à côté de fondations de palais, de sépultures d'élite et de jade cérémoniel.
Le Met date le yue 1976.49 des XIIIe au XIIe siècle av. J.-C., dans l'arc Shang du musée, vers 1600 à 1046 av. J.-C. Le bronze mesure 27,9 cm de haut et 15,9 cm de long. Ce yue Shang est plus haut que la lame plus tardive du Freer.
Le pouvoir royal du Shang tardif se concentra à Xiaotun, à l'ouest d'Anyang dans le Henan du nord, le site dit Yinxu. La chronologie courte de Britannica y place les neuf derniers rois Shang, d'environ 1250 à 1046 av. J.-C. Le Freer date F1996.8 aux Zhou de l'Ouest, XIe au Xe siècle av. J.-C., et lie les dragons ajourés et le masque félin en haut-relief au goût d'environ 1050 à 950 av. J.-C.
Le rang tenu à la main, pas au tas de bois
Le cartel du Freer dit que la hache de bronze ornée montre combien le pouvoir militaire importait aux souverains de la Chine de l'âge du bronze, et comment le rite rendait ce pouvoir visible. On n'a pas besoin d'un tranchant vif si le travail est d'être vu dans le rite.
Le métal était déjà un rang. Britannica note que le prestige de posséder ces objets venait en partie du contrôle politique qu'impliquait leur production. Une cour qui rassemblait minerai, combustible et main-d'œuvre de fonderie pouvait aussi mettre une hache émoussée et décorée dans la main d'un commandant.
Quand la forme à couper devint un emblème
Les premières haches de bronze d'Erlitou siègent à côté des haches-poignards. Au Shang tardif, un yue nommé comme le 1976.49 du Met est déjà un type de bronze à part, catalogué comme 钺. Au début des Zhou de l'Ouest, l'exemplaire du Freer a lâché toute prétention de couper: tranchant émoussé, contour ajouré, une soie dentelée et en zigzag.
Une forme née hache est devenue insigne de commandement. Le yue Shang du Met est plus silencieux dans ce que le musée publie. Il donne la date, la mesure et le nom du type. Il n'y a pas d'essai de conservateur sur le décor.
Le yue de 19 cm du Freer, collection Stoclet
La pièce à parcourir est la lame de hache (yue) de la Freer Gallery of Art, numéro F1996.8. C'est du bronze, 19 cm de haut, 10,9 cm de large et 1 cm de profondeur. Le Freer le date de la dynastie des Zhou de l'Ouest, XIe au Xe siècle av. J.-C. Le musée l'a acheté en 1996 chez Oriental Bronzes Ltd., à Londres, avec des fonds des Friends of Asian Arts et du Smithsonian Collections Acquisition Program.
Trübner l'avait acquis en Chine au plus tard en 1929. Au moins depuis 1930, il appartenait à Adolphe Stoclet, à Bruxelles. Après la mort de Stoclet, en 1949, il passa à son petit-fils Philippe. Sotheby's le vendit à Londres le 11 mai 1965, lot 131, "a rare bronze ritual axe-head" de la dynastie Chou.
Chaque face de la lame porte un masque félin. Les oreilles en cœur se détachent de la surface. Deux animaux à échine dentelée saisissent les côtés, et leurs queues s'enroulent avec les pointes de la lame. Le tranchant émoussé est l'indice pratique: cette lame a été faite pour être tenue comme insigne. Les dragons ajourés et le masque en haut-relief appartiennent, sur ce cartel, au début des Zhou de l'Ouest, vers 1050 à 950 av. J.-C.
Taotie, métal émoussé et ce que le masque ne dit pas
Britannica place le taotie, le masque-monstre du bronze rituel chinois ancien, sur des vases et sur des instruments. Le masque est d'ordinaire un visage de face qui peut se fendre, le long de la crête du nez, en deux bêtes à une seule jambe. Les traits typiques sont de grands yeux saillants, une crête nasale, des cornes, des oreilles et une lèvre supérieure enroulée avec des crocs. Le nom taotie, «glouton», était en usage au IIIe siècle av. J.-C. La fonction a été lue comme totémique, protectrice, ou signe des forces de la nature. La page d'histoire Shang de Britannica est plus sèche: le sens exact de l'iconographie ne se saura peut-être jamais.
Le Freer n'appelle pas taotie le masque de F1996.8. Il l'appelle masque félin à oreilles en cœur. Le yue Wildform use du type taotie plus large: yeux hémisphériques fixes et une crête de nez au centre de la lame. Ces deux visages peuvent siéger sur la même classe d'objet.
Les catalogues ne s'accordent pas non plus sur les siècles. L'arc Shang de Britannica, vers 1600 à 1046 av. J.-C., siège à côté d'une option plus ancienne, du milieu du XVIIIe à la fin du XIIe siècle. L'entrée taotie imprime encore Shang du XVIIIe au XIIe siècle av. J.-C. et le début des Zhou de 1111 à vers 900 av. J.-C. Le Freer place ce yue aux XIe au Xe siècle. Traite cela comme une convention de catalogue, pas comme deux haches différentes.
Le Freer est net: F1996.8 n'était pas une arme de combat. La notice du Met pour 1976.49 n'a pas cette phrase. Certaines haches de bronze ont pu servir à blesser. Le noyau sûr est plus étroit. Un yue est une hache de bronze de cérémonie. Les cours Shang et du début des Zhou la tenaient comme signe de rang militaire. La lame émoussée de 19 cm du Freer est une que l'on peut encore mesurer.
Dans ta scène
Un yue de bronze appartient à un rite de cour ou à une sépulture haute, tenu comme signe de commandement, pas appuyé contre un tas de bois. Garde la lame évasée et le tranchant épais. Si tu ajoutes un taotie, pose les yeux sur la face de la lame. Pour un ensemble rituel chinois complet, voir le pack Chinese Ritual Relics.